Tous les ans, des centaines de milliers de jeunes sortent de notre enseignement, et pour certains, la formation est notoirement insuffisante. L’éducation au sens large fait parfois défaut. Quasiment tous les indicateurs sont au rouge malgré un financement plus qu’honorable. Les mesures à mettre en œuvre sont connues depuis plusieurs années, mais les freins sont multiples et le courage politique manque.

L’école doit avant tout répondre à un projet ambitieux de culture et d’éducation des jeunesLoin du formatage de notre société productiviste et de consommation, l’école doit être, pour les jeunes, un lieu de bienveillance, d’apprentissage et de développement de leurs potentialités. Elle doit éduquer les jeunes à la confiance, à la liberté et à la responsabilité pour qu’ils deviennent des acteurs de leur propre projet de vie et des acteurs de transformation sociale.
Il n’est donc pas question que l’école « façonne » des employés dociles et bien formés uniquement sur le plan technique, de « bons petits soldats », comme on l’entend dire parfois de manière très caricaturale. Notre société a besoin d’un personnel qualifié qui sait aussi discerner, prendre des initiatives à bon escient, faire preuve d’esprit critique, se projeter, planifier son temps et ses actions, travailler en équipe, diriger une équipe, faire preuve d’empathie, communiquer, etc.
Le Pacte d’excellence propose des pistes intéressantes mais les moyens alloués seront insuffisants, les vraies problématiques ne sont pas abordées et surtout, les acteurs de l’enseignement se sont sentis exclus du processus, ce qui est un mauvais signe pour le bon aboutissement de la réforme. Tant et si bien qu’on a l’impression qu’on cherche plus à colmater des trous qu’à construire un nouvel édifice enseignement.

Propositions à explorer et à discuter. 

Vous trouverez plus bas des pistes de réflexions. Nos propositions définitives sortiront début avril 2018!!

Parmi les mesures urgentes pour réformer l’école, pointons particulièrement celles-ci :

  • Redonner confiance et fierté aux gens de terrain.
    L’expérience des gens de terrain est une véritable expertise, non reconnue et non valorisée. Cette absence de reconnaissance entraîne une perte importante d’informations et de compétences pour chercher et trouver des solutions aux défis posés par notre enseignement. Les acteurs de l’école doivent trouver place dans les processus de réflexion et de décision au même titre que d’autres experts.
  • Redéfinir les finalités et se donner des objectifs clairs et ambitieux de formation des jeunes, en tenant compte de l’expertise des gens de terrain.
    Le tronc commun actuel ne fonctionne pas, les socles de compétences (définissant les acquis minimaux des jeunes en fin de 2ème secondaire) ne donnent pas satisfaction. Il faut redéfinir clairement les finalités de l’école et les objectifs d’un tronc commun. Quels jeunes cherche-t-on à former? Quelles sont les connaissances qu’un jeune de 14 ans doit avoir? Que doit-il savoir faire? Quelles compétences générales doit-il exercer? Et quel niveau d’exigence attend-on? Quand le tronc commun actuel fonctionnera, alors il sera encore temps de l’allonger. À partir du moment où on sait où on doit arriver, le chemin pour y arriver est plus facile à définir… Il s’agit d’une réforme en profondeur et non d’une simple gestion adaptative de la situation.
  • Réformer la formation initiale des enseignants.
    Un enseignant doit être un pédagogue avant d’être un spécialiste de sa matière.
    • Examen d’entrée pour déterminer les compétences du candidat à l’enseignement : maîtrise de la langue d’enseignement et de compétences générales à définir, comme par exemple, pouvoir donner un avis argumenté, présenter un travail ou un dossier oralement et par écrit, se situer dans le monde géographiquement et historiquement… Une année de préparation si l’examen n’est pas satisfaisant.
    • Le même cursus de base pour tous les candidats : maîtrise approfondie de la langue d’enseignement, suivi de l’actualité, culture générale (géographie, histoire, géopolitique, arts, sciences, informatique…), capacité à développer la multiplicité de ses intelligences, connaissance de la pédagogie et de ses diverses méthodes, familiarisation avec les milieux de l’enfance et de l’adolescence, familiarisation avec les différents milieux culturels, apprentissage et bonne maîtrise d’une deuxième langue moderne, développement personnel… Après vient l’approfondissement d’une matière pour un niveau particulier.
    • Les méthodes d’enseignement doivent être actives pour que les enseignants les apprennent en situation et soient capables et motivés à les utiliser dans l’exercice de leur profession plus tard.
    • Obliger les futurs enseignants à réaliser un stage dans la classe d’un tuteur pendant un an, et conserver l’aide de ce tuteur durant leur première année d’engagement.
  • Réformer la formation en cours de carrière.
    • C’est l’équipe pédagogique elle-même qui sait le mieux ce dont elle a besoin en fonction de son projet et non pas une administration déconnectée de la réalité en fonction d’un appel d’offre particulier. La meilleure formation est celle qu’on construit soi-même. Les enseignants doivent devenir des chercheurs et partager les résultats de leurs recherches.
    • La formation en cours de carrière consiste en une mise à jour constante des connaissances et des compétences pour s’adapter aux élèves, aux situations particulières, aux différentes cultures, à l’évolution de la société… (par exemple si un élève est issu de l’immigration, cours d’histoire de sa culture afin de permettre une intégration sans assimilation).
    • Elle doit aussi intégrer des stages, des visites d’autres écoles/projets, pour s’enrichir de pratiques différentes.
    • Établir des partenariats avec des universités, des entreprises, des hautes écoles, différents milieux de la formation pour questionner ses propres pratiques, échanger avec d’autres professionnels, ajuster les moyens que l’on se donne…
  • Décloisonner l’organisation scolaire et proposer une formation par module ou par projet, et non plus par classe d’âge. Les modules et les projets intégreront divers domaines, en ce compris, les arts, les techniques, les sports… et répondront en particulier aux jeunes à besoins spécifiques.
  • Travailler le profil du personnel de direction.
    • Élargir les critères de recrutement : outre la formation prévue, exiger un véritable projet d’éducationet un dossier de motivation.
    • Instaurer deux années de tutorat avec obtention d’un certificat d’aptitude.
  • Augmenter l’autonomie des directions.
    • Autonomie en termes de recrutement et de gestion des ressources humaines. Chez nous, c’est le diplôme seul qui donne accès à la profession. La réforme des titres et fonctions, engagée par le gouvernement en 2016, et qui détermine quel diplôme peut donner quel cours va à l’encontre de l’autonomie de recrutement et encourage le saucissonnage et l’hyperspécialisation des profs. Cette réforme doit être enterrée au plus vite.
    • La direction prend la responsabilité de recruter son personnel, indépendamment du nombre de jours prestés par le candidat.
    • Autonomie en termes de projet pédagogique, d’organisation de l’école et de méthodesd’enseignement. On pourrait aller jusqu’à permettre des grilles de cours tout à fait spécifiques ou des pédagogies alternatives qui exigent d’éclater le saucissonnage d’une journée de cours.
  • Améliorer le statut des jeunes enseignants.
    Les jeunes enseignants sont particulièrement malmenés en début de carrière, ils doivent parfois courir plusieurs écoles pour boucler leur horaire, la préparation des cours exige un temps de travail à domicile très important… Plusieurs mesures peuvent atténuer cette situation.
    • Des outils pédagogique de qualité doivent être disponibles pour tous.
    • Le contrat des profs temporaires doit courir du 1er septembre au 31 août afin qu’ils puissent couvrir l’ensemble de l’année scolaire.
    • Les deux premières années d’enseignement au moins doivent être accompagnées d’un tuteur.
    • Les profs doivent être engagés au moins pour un mi-temps, cela diminuera les allées et venues entre plusieurs écoles. Dans ce cas, l’école doit comptabiliser des équivalents-temps pleins et non plus des heures NTPP (nombre total de périodesprofesseurs).
  • Rapprocher les écoles et le monde de l’entreprise.
    C’est un fantasme de croire que les patrons veulent avoir de bons petits soldats dans leur entreprise. Le personnel qualifié est amené quotidiennement à faire preuve d’initiative, d’esprit critique, d’une capacité à anticiper et planifier, d’une faculté à comprendre les enjeux d’une situation, etc.
    Spécialement dans le cadre de la filière qualifiante, et dans une moindre mesure aussi dans celle de transition, l’école et l’entreprise doivent faire cause commune. Les jeunes doivent sortir avec une excellente formation non seulement technique mais aussi avec des compétences générales de discernement et de réflexion, d’autonomie, d’organisation, de communication ainsi qu’un bon esprit de groupe.
    • Développer l’alternance.
    • Inciter les entreprises à jouer un rôle dans la formation des jeunes : stages afin d’initier les jeunes au monde du travail, stage progressif en fonction de l’âge de l’élève.
  • Améliorer l’apprentissage des langues.
    Si l’immersion linguistique organisée dans certaines écoles n’est probablement pas la panacée, elle peut constituer une partie de la solution. Mais la difficulté de recruter des natifs ou des profs possédant un certificat suffisant rend parfois l’organisation de ces options très aléatoire. Ce qui explique peut-être le petit nombre d’écoles proposant l’immersion.
    Une piste est de former des enseignants bilingues. En effet, on peut se demander comment il se fait que, dans un pays trilingue, les enseignants soient, pour la plupart, unilingues ? Les cours en immersion doivent pouvoir être donnés par n’importe quel enseignant qualifié. Des enseignants parfaitement bilingues (français/néerlandais, français/anglais, français/allemand et éventuellement français/espagnol) doivent sortir de nos hautes écoles et universités, et être susceptibles d’enseigner leur matière dans une langue qui n’est pas nécessairement leur langue maternelle. L’école doit être un lieu de multilinguisme.
  • Établir une culture de l’évaluation de notre enseignement et de ses acteurs.
    Dans l’enseignement, les évaluations des élèves sont très présentes. Mais qu’en est-il de l’institution et des différentes écoles? Le Pacte d’excellence se donne des critères pour se fixer des objectifs généraux : efficacité, efficience et équité. Pourquoi diable, les acteurs de terrain et les bénéficiaires de l’enseignement ne sont-ils pas pris en compte ? Nous plaidons pour l’introduction de deux autres critères qui tiennent compte de l’humain : L’implication des jeunes et l’implication des enseignants. Nous obtenons donc 5 critères au lieu de 3 pour se donner des objectifs d’enseignement et les mesurer, tant au plan du pilotage global qu’au niveau local.
    • Critère 1 : l’efficacité. Un enseignement efficace est un enseignement où les jeunes engrangent de bons résultats, où le pourcentage d’élèves en difficulté est minime et où la proportion d’élèves performants est large.
    • Critère 2 : l’efficience. Il s’agit de mesurer le rapport entre le coût et le bénéfice de notre enseignement. Est-il optimal ? Quelles sont nos dépenses publiques d’éducation, pour quelle efficacité ?
    • Critère 3 : l’équité. Un enseignement équitable est un enseignement qui limite l’impact du milieu familial sur les performances des élèves.
    • Critère 4 : l’implication des jeunes. Ce critère mesure à quel point les jeunes sont intégrés dans l’école, s’y sentent heureux, y trouvent confiance et reconnaissance et donnent le meilleur d’eux-mêmes.
    • Critère 5 : l’implication des enseignants. Ce critère mesure leur participation à la vie scolaire, leur niveau de conscience professionnelle et leur attention vis-à-vis des élèves.
  • Mieux répartir l’argent.
    Notre enseignement n’est pas sous-financé. La FWB consacre une part importante de son budget à l’enseignement obligatoire. Elle dépense proportionnellement plus d’argent que l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et quasi autant que la Finlande. Dépenses d’éducation/PIB en % (Eurostat) :
    • Allemagne 5.06
    • Belgique 6.57
    • Danemark 7.72
    • Finlande 6.81
    • France 5.89
    • Pays-Bas 5.94
    • Suède 7.26
      Alors, où se trouve l’argent puisqu’on entend qu’il en manque pour faire de nouvelles écoles alors que le besoin de places est criant, que des bâtiments sont vétustes, voire à la limite de l’insalubrité, que l’équipement pédagogique est parfois obsolète ou inexistant, qu’il manque de personnel, etc. ? Nous proposons de mettre à plat les différents coûts liés à l’enseignement, en ce compris ceux en lien avec les différents réseaux et leurs administrations.
      Une fois les budgets mis à plat, donner les moyens suffisants aux directions, enseignants et éducateurs pour remplir leurs missions.
  • Améliorer les évaluations externes des acquis des élèves.
  • Améliorer les processus d’orientation.
  • Intégrer les parents dans l’école.