Ressentir, écouter, prévoir les lendemains - Carte blanche de Dominique Léotard

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Depuis la nuit des temps, les bons dirigeants, les chefs de guerre que l’on suit, les entraîneurs des équipes gagnantes, les patrons appréciés savent qu’il est indispensable de connaître parfaitement ce qui se passe et ce qui se dit sur le terrain. Ceux qui sont à l’écoute et s’oublient pour entendre les besoins, les fatigues, les aspirations et les déceptions de leurs troupes sont ceux qui ont une longueur d’avance vers un succès constructif, coopératif et durable.

En politique, c’est la même chose, les candidats et les élus les plus efficaces sont ceux qui restent proches de leurs concitoyens, à l’écoute de leurs attentes, de leurs difficultés, de leurs réalités et évolutions. Cependant, les outils utilisés pour ce faire sont parfois biaisés, les sondages ne répondent qu’aux questions posées, et les entretiens privés ne se résument très souvent qu’à la résolution de problèmes personnels.

Comment dès lors « prendre le pouls » d’une population large et diversifiée, faite de grandes gueules insoumises mais aussi de timides suiveurs, de géniaux créatifs utopiques et d’égocentriques chanceux ? En ne se basant que sur le résultat de leurs votes ou celui de référendums binaires, le risque est grand de considérer la simple expression d’une contestation comme celle d’une véritable réflexion. Et de ne pas sentir l’émergence de nouveaux courants de pensée ou aspirations disruptives. Ceux qui croient toujours que Mai 68 ou les indignés n’étaient que des sympathisants de grévistes ne l’ont à mon avis pas compris… et risquent d’être encore étonnés. Car aujourd’hui, les moyens existent, même pour les exclus du système, de s’exprimer « à égalité » avec les dirigeants politiques et économiques, ce sont les réseaux sociaux et autres plateformes digitales.

C’est probablement forts de ce constat que des parlementaires wallons ont imaginé l’initiative « Un décret pour tous, un décret par tous », dans laquelle ils invitent les citoyens à participer à la rédaction de propositions de décrets. Tout comme les plateformes collaboratives, le concept repose sur la définition d’une coopérative : « une coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels au moyen d’une organisation dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement.»

On pourrait en effet y lire une vision de fonctionnement politique, dans laquelle la commune, la région, le pays serait en réalité une coopérative dont tous les citoyens sont copropriétaires. Et espérer que de telle manière, tous les citoyens fassent profiter de leurs pensées et réflexions tous leurs concitoyens, élus et décisionnaires politiques. Ça, c’est le beau côté des choses… car l’expression de la démocratie est une médaille à deux faces. D’un côté, les revendications légitimes et les grandes causes, de l’autre, les rumeurs, potins, ragots et autres conversations de comptoir, exprimés à titre personnel sous la pression de leur intérêt propre, par exhibitionnisme ou voyeurisme.

Selon le professeur Québecois André Martin, expert des coopératives, la prémisse de base d’une initiative coopérative est le respect et la valorisation de la personne humaine. Il fait la promotion de l’autodétermination et du sens de la responsabilité, et exige la solidarité (une action commune vers un but commun) et l’équité. Chaque citoyen de notre pays est-il prêt à se lancer dans cette « crowdaventure » politique et à en respecter les règles ? On peut en douter au vu des comportements et opinions émises par certains sur la toile… mais je me plais à croire que les Millennials, ces jeunes nés avec Internet et adeptes de l’économie du partage, qui déclarent aspirer à un monde moins axé sur la compétition, vont faire évoluer les mentalités en bousculant l’ordre établi et en se comportant dignement pour participer à l’émergence d’un « autre monde », dont ils parlent tant.

En conclusion, même s’il faut rester vigilant et ne pas verser dans l’utopisme béat, je pense qu’une nouvelle ère est possible, dans laquelle chacun d’entre nous peut participer, en utilisant les réseaux de communication actuels, non seulement comme un véritable contre-pouvoir mais aussi comme une réelle opportunité d’établir de nouvelles fondations et d’évaluer les actions des personnalités représentant la société. Oui, chacun peut faire quelque chose, chacun peut s’exprimer! Et cela, c’est un trésor inestimable !